BeReal est-il encore sûr pour vos données ?

Un détail devrait vous chiffonner : BeReal, l’application française qui promettait une vie sans filtre, négocie actuellement un virage qui sent mauvais pour votre vie privée.

Vous avez peut-être adoré l’idée de poster une photo par jour, sans retouche, sans like, sans algorithme. Mais derrière ce discours rassurant, la machine s’est mise en marche pour monétiser vos données. C’est un vrai problème pour nous, utilisateurs français, car cela touche directement au RGPD.

Se dire que BeReal reste une petite application et que le risque est faible constitue une position dangereuse. Chaque fois qu’une plateforme fréquentée par des millions de personnes modifie son modèle économique sans transparence, elle teste la patience des régulateurs. En France, la CNIL n’hésite plus à taper fort. BeReal devra se conformer à la loi, mais en attendant, c’est à vous de protéger vos informations.

Avant de re-télécharger l’application, posez-vous cette question : êtes-vous prêt à échanger vos moments de vie contre une promesse d’authenticité qui n’existe plus ? La réalité, c’est que la plateforme a déjà revendu son âme. Vous n’êtes plus un utilisateur, vous êtes un produit. Aucune mise à jour ne pourra changer cet état de fait.

BeReal, l’anti-Instagram devenu un réseau social comme les autres

Jeune femme utilisant son smartphone sur un réseau social

Toute la proposition de valeur de BeReal tenait dans une liste de choses qu’il n’avait pas.

  • Pas de filtres,
  • pas de likes,
  • pas d’abonnés,
  • pas de publicités,
  • pas de messages privés.

Absence de boîte de réception signifie qu’aucun inconnu ne peut atterrir dans les messages de vos enfants. Pas de profils sans photo, pas de « Salut, ça va ? » glissé par un compte anonyme. C’était une véritable fonctionnalité de sécurité.

Aujourd’hui, chaque élément de cette liste est devenu une fonctionnalité que BeReal possède.

Ce qui doit vous préoccuper, ce n’est pas que l’application ait changé. Les applications évoluent, c’est leur rôle. Le problème, c’est que le verdict de sécurité que nous avions posé a expiré, et personne ne nous en a informés.

En tant qu’ancien officier de police judiciaire, j’ai passé des années à évaluer des risques concrets plutôt que des promesses marketing. Cette expérience m’a appris une règle d’or : un verdict de sécurité sans date de péremption est un piège.

Créée en 2020 par deux Français, l’application misait tout sur l’authenticité. Mais le concept original ne suscite plus le même engouement, et la plateforme se rapproche désormais des réseaux sociaux classiques, au point d’être visée par une plainte devant la CNIL pour non-respect du RGPD. Source : Le Figaro

La mécanique de copie qui transforme les applications

Revenons à août 2016. Instagram lance les Stories. Si vous étiez en ligne à l’époque, vous vous souvenez de la réaction générale. Les Stories, c’était Snapchat.

Les mêmes petits cercles en haut de l’écran, la même disparition après 24 heures. C’était la version technologique du petit frère qui copie vos devoirs sans même prendre la peine de changer le nom en haut de la page.

Voici ce que tout le monde oublie : ça a marché. Snapchat était l’application pour laquelle les moins de 25 ans quittaient Instagram. Après le lancement des Stories, cette hémorragie a cessé.

logo snapchat bleu

La copie ne les a pas seulement agacés, elle les a battus. Je me souviens d’avoir observé cela en me disant : « D’accord, donc c’est permis ? »

Les grandes applications sociales ne sont plus vraiment en compétition les unes avec les autres. Elles se transforment les unes en les autres. À l’époque, c’était une simple intuition. Le genre de détail que vous remarquez avant de passer à autre chose. Et puis, les années suivantes n’ont cessé de me prouver que j’avais raison.

Le schéma que j’ai mis des années à voir

Le 5 août 2020, Instagram lance Reels. TikTok conquiert le monde et Reels devient le clone parfait de TikTok. Vidéo verticale, son activé, balayez vers le haut pour la suivante. Ce n’est pas similaire à TikTok, c’est TikTok.

Le 2 août 2022, un développeur fouille dans le code d’Instagram et découvre une fonctionnalité à moitié construite appelée Candid Challenges. Une notification à un moment aléatoire, deux minutes pour prendre une photo avec les caméras avant et arrière en même temps. C’est la description exacte de BeReal. Instagram a d’abord confirmé l’existence de ce prototype interne, avant de le renommer Candid Stories et de le tester en Afrique du Sud en décembre.

Août 2016, août 2020, août 2022. J’aime imaginer qu’il y a un cadre chez Meta dont le seul travail consiste à revenir de vacances d’été avec l’application de quelqu’un d’autre ouverte sur son ordinateur portable. Le schéma est visible par tous : Instagram copie.

messagerie meta et instagram

Pendant des années, c’est tout ce que j’ai vu. Mais voici la moitié du schéma qui m’avait échappé. Observer Instagram, c’est observer la mauvaise application.

Il faut observer celle qui se fait copier, car le même destin l’attend à chaque fois. Elle se lance comme l’alternative, la plateforme qui refuse les pratiques agaçantes du marché. Pas de publicités, pas d’algorithme, pas d’influenceurs. Quelle que soit la plainte des utilisateurs à un instant T, c’est toujours la même proposition de départ.

Nous observons ce phénomène aujourd’hui avec MySpace. La plateforme sonde actuellement le terrain en annonçant son retour comme réseau social anti-algorithme.

Que se passe-t-il ensuite ? Elle se fait copier par une entreprise qui dispose déjà d’un milliard d’utilisateurs.

  • Sa croissance stagne,
  • les investisseurs posent des questions,
  • puis elle recommence à ajouter une par une toutes les fonctionnalités qui avaient fait sa réputation par leur absence. La copie transforme l’original en copie.

C’est toute la mécanique. Les conférences téléphoniques sur les résultats trimestriels remplacent les pods aliens de L’Invasion des profanateurs de sépultures.

BeReal, qui tente simplement de rester compétitif, perd déjà l’authenticité qui avait fait son succès. L’application se rapproche des réseaux sociaux qu’elle prétendait remplacer, et c’est exactement le schéma que nous aurions dû anticiper.

BeReal est-il vraiment devenu un réseau social comme les autres ?

Oui, et les signes ne trompent pas. L’application a ajouté les messages privés, les stories éphémères, la possibilité de voir les publications de célébrités, et même une section de découverte de contenu recommandé. Autant de fonctionnalités absentes à ses débuts, qui constituent précisément ce qu’elle promettait de ne jamais avoir.

Pourquoi « sûr » n’est plus un verdict valable

« Sûr » est un verdict. Les verdicts expirent.

Les fonctionnalités, elles, forment une liste. Une liste que vous pouvez vérifier vous-même.

Si vous ne retenez qu’une chose aujourd’hui, retenez cela. Ce qui s’est passé avec BeReal constitue un cas d’école. L’organisation noyb a accusé l’application d’utiliser des « dark patterns » pour obtenir le consentement des utilisateurs au suivi de leurs données. Sous couvert de simplicité, la plateforme utiliserait des méthodes abusives pour récolter vos informations personnelles.

Ce que les parents doivent comprendre

Quand j’ai recommandé BeReal aux parents, c’était en 2022, à l’époque où l’application tenait encore ses promesses. Mais les applications évoluent plus vite que nos conseils. Ce qui était vrai en 2022 ne l’est plus en 2026, et personne ne vous enverra un e-mail pour vous prévenir du changement.

La leçon est simple : ne faites jamais confiance à une liste de fonctionnalités figée dans le temps. Vérifiez les paramètres de confidentialité de chaque application que vos enfants utilisent, et refaites cette vérification régulièrement. Les paramètres d’aujourd’hui ne seront pas ceux de demain.

La question que personne ne pose

On me demande souvent si BeReal est sécurisé pour les enfants. La vraie question est ailleurs : pourquoi une application qui promettait l’authenticité a-t-elle besoin de collecter autant de données ? Les réponses à cette question sont rarement rassurantes.

Le responsable mondial de la sécurité chez Avast, Jeff Williams, a examiné l’application et a découvert des problèmes majeurs de confidentialité. Même si les intentions des propriétaires semblent bonnes, la réalité technique est préoccupante. C’est exactement le genre de détail que les parents doivent connaître avant de laisser leurs enfants utiliser l’application.

bereal clear storage

Mise à jour septembre 2026 : depuis les révélations de noyb sur les dark patterns, la CNIL surveille de près les applications françaises à forte croissance. Le précédent Clearview AI montre que les régulateurs européens savent frapper fort quand ils le décident.

Le problème avec BeReal, c’est que son modèle économique est devenu flou. L’application qui refusait la publicité a commencé à tester des formats sponsorisés. La plateforme qui se vantait de ne pas avoir d’algorithme a introduit une section de découverte de contenu. Chaque ajout constitue une petite entorse à la promesse initiale, et l’addition finit par être salée.

Que faire concrètement ? La réponse tient en trois mots : vérifiez, désinstallez, ou acceptez. Vérifiez ce que l’application collecte réellement. Désinstallez si la collecte vous semble excessive. Et si vous acceptez, faites-le en connaissance de cause, pas par aveuglement.

Ce qui me dérange le plus dans cette histoire, ce n’est pas que BeReal ait changé. Les applications changent, c’est leur nature. Ce qui me dérange, c’est que personne ne nous a prévenus. La promesse d’authenticité s’est évaporée silencieusement, remplacée par les mêmes mécanismes que les réseaux sociaux que nous voulions fuir.

La prochaine fois qu’une application vous promet d’être différente, posez-vous une seule question : combien de temps avant qu’elle ne devienne comme les autres ? L’histoire de BeReal vous donne la réponse. Et cette réponse devrait vous rendre méfiants, pour toujours.

BeReal dans la machine à prédire

Passons BeReal dans cette machine. Trois dates suffisent pour comprendre la trajectoire : 2020, 2021, 2022. Trois années où l’application française s’est construite sur un positionnement radicalement opposé à celui d’Instagram. Toute sa stratégie marketing tenait dans une liste de refus.

Pas de filtres, pas de likes, pas d’abonnés, pas de publicités. Et surtout, pas de messages directs. Ce dernier point mérite qu’on s’y attarde, car il était central dans le discours de sécurité de l’application. On ne peut pas envoyer de message à un enfant par une porte qui n’existe pas. C’était l’argument massue des parents rassurés.

Si vous hésitez entre deux VPN, tout dépend de ce que vous voulez en faire. Pour la vie privée et la transparence, difficile de faire mieux que ProtonVPN : code open source audité, basé en Suisse, et une version gratuite illimitée (pas de carte bancaire, pas de limite de data).

Pour le streaming et le débit, NordVPN reste la référence : plus de 8 000 serveurs dans 224 emplacements, protocole NordLynx (WireGuard optimisé), et il débloque les catalogues Netflix étrangers sans prise de tête. Les deux proposent une garantie « satisfait ou remboursé » de 30 jours, vous ne prenez donc aucun risque à tester celui qui correspond le mieux à votre usage.

Maintenant, regardons la machine fonctionner. TikTok clone BeReal. La croissance stagne, et c’est là que le piège se referme. Une application qui ne grandit plus doit trouver un nouveau carburant, et le carburant des réseaux sociaux reste toujours le même : l’engagement, la rétention, les données.

Le jour où la porte s’est ouverte

Le 23 juin, BeReal annonce Real Chat, la messagerie privée en tête-à-tête. La porte que l’on promettait inexistante vient d’être installée. Les parents qui avaient fait confiance à la promesse initiale doivent digérer ce revirement. Les enfants découvrent un nouvel espace de conversation que personne n’avait anticipé.

Le calendrier des annonces qui suivent est éloquent. Avril 2025, BeReal lance la publicité aux États-Unis. Des annonces dans le fil d’actualité, des prises de contrôle de la marque sur toute la journée. L’application qui se vantait de ne jamais monétiser l’attention se met à vendre la vôtre aux annonceurs.

Puis vient le tour des influenceurs. Décembre 2025, BeReal lance un programme pour créateurs. 300 personnes s’inscrivent presque immédiatement. C’est le contrepied absolu du concept initial, qui reposait sur l’idée que personne n’avait plus de visibilité qu’un autre.

Le rachat qui change tout

La startup française indépendante, celle qui incarnait la résistance à la machine américaine, a été rachetée en juin 2024 par Voodoo, une société de jeux mobiles, pour environ 537 millions de dollars (4 fois ses revenus annuels). Un signal clair sur les ambitions de monétisation des nouveaux propriétaires.

Ce qui s’est passé sous nos yeux, c’est la transformation méthodique d’une promesse de confidentialité en machine à collecter des données. Chaque ajout de fonctionnalité a ouvert une nouvelle porte d’entrée vers votre vie privée. Real Chat pour les conversations, la publicité pour le profilage, le programme créateurs pour l’engagement.

L’ironie, c’est que l’organisation noyb a épinglé BeReal pour ses dark patterns, ces interfaces conçues pour vous pousser à accepter des choses que vous n’avez pas vraiment comprises. Sous couvert de simplicité, l’application vous fait consentir au suivi de vos données sans que vous en mesuriez la portée. La promesse de transparence s’arrête là où commence la monétisation.

Le schéma est toujours le même. Une application séduit par son discours puriste, atteint une masse critique d’utilisateurs, puis doit répondre aux exigences de ses investisseurs. Les promesses fondent comme neige au soleil, et ce qui restait de votre vie privée s’évapore dans les serveurs de data brokers.

Les parents qui avaient choisi BeReal pour sa sécurité se retrouvent face à un paradoxe. L’application qu’ils avaient recommandée à leurs ados est devenue un réseau social comme les autres, avec ses messageries, ses publicités et ses influenceurs. La prochaine fois qu’une application vous fera la promesse de l’authenticité, vérifiez son modèle économique avant de confier vos données.

Les 4 portes pour auditer n’importe quelle application

Quand on cherche « BeReal est-il sûr », on tombe sur des avis contradictoires. L’application est-elle un danger ? Pas plus qu’un autre réseau social, sans doute. Mais la vraie question n’est pas là.

Elle est dans les réglages que vous n’avez jamais ouverts, les permissions que vous avez accordées sans lire, et les options que l’application a activées par défaut.

La porte des messages et la définition d’ami

Abordons la première porte, celle des messages. Qui peut envoyer un message privé à mon enfant, et que signifie « ami » dans cette application ? La deuxième partie piège beaucoup de gens. Chaque application utilise le mot « ami », et chaque application lui donne un sens différent.

Sur certaines applications, un ami est une personne que votre enfant a rencontrée à l’école et qu’il a approuvée. Sur d’autres, c’est quelqu’un qui a simplement appuyé sur un bouton. Même mot, porte complètement différente.

Prenez BeReal. La promesse initiale était simple : une photo par jour visible uniquement par vos amis au moment où l’application vous le demandait. Sauf que la définition d’ami y est plus floue qu’il n’y paraît. Un ami, c’est quelqu’un qui vous a ajouté et que vous avez accepté.

Mais les découvertes, les suggestions et les profils publics changent la donne. Ce qui devait être un cercle fermé devient un réseau poreux. Le Huffington Post l’analysait dès 2022 : la promesse d’authenticité reste suspendue au comportement des utilisateurs, pas tous enclins à se délester de leur image sociale. L’application voulait tuer l’influence, elle a fini par la reproduire.

La porte de la découverte et de l’audience

La troisième porte, celle de l’audience. Qui voit ce que mon enfant publie ? Pas qui peut le voir, mais qui le voit avec le réglage actuellement actif sur le compte.

Si votre enfant a choisi l’option publique, sa publication est diffusée à tous les amis de ses amis. Depuis ce fil, un ami d’ami peut toucher le nom d’utilisateur de votre enfant, atterrir sur son profil et envoyer une demande d’ami. Si votre enfant accepte, la première porte s’ouvre. Et le réglage d’audience reste en place. Ce qu’il a choisi la dernière fois est ce qui est actif aujourd’hui.

Cette mécanique n’est pas propre à BeReal. Elle est devenue la norme sur les applications qui veulent grossir vite. Le problème, c’est que les réglages par défaut sont presque toujours les plus permissifs. Les éditeurs comptent sur votre inattention. Ils savent que personne ne va fouiller dans les paramètres de confidentialité le soir de l’installation.

La question de l’audience est d’autant plus critique que BeReal a accumulé des dizaines de millions d’utilisateurs en quelques mois. Une base aussi massive attire les curieux, les bots et les comptes automatisés. Votre enfant n’est plus dans un petit cercle d’amis, il est dans une base de données qui intéresse du monde.

La porte de l’argent et des achats intégrés

La quatrième porte, celle de l’argent. Y a-t-il quelque chose à acheter ici ? Achats, monnaie, pièces, gemmes, passes de combat, abonnements. Sur BeReal, pas d’achats intégrés, pas de monnaie, rien à acheter. C’est vraiment rare, rendons à César ce qui appartient à César.

Cette méthode aboutit à quelque chose d’utile : un réglage précis sur un écran précis que vous pouvez aller consulter ce soir. C’est toute la différence. Les verdicts mettent fin à la conversation. Les fonctionnalités vous donnent quelque chose à faire.

Quand vous cherchez « est-ce que BeReal est sûr », vous trouvez des articles de 2022 qui disent : « Oui, BeReal est sûr. » Mais ce verdict ne vous dit rien sur les quatre portes. Il ne vous dit pas qui peut contacter votre enfant, qui voit ses publications, ce qu’il peut acheter, ni où ses données finissent. Un verdict, c’est une photo à un instant T. Les portes, elles, restent ouvertes ou fermées selon ce que vous décidez.

Prenons un exemple concret. Vous installez BeReal, vous créez le compte de votre enfant, et vous laissez tout par défaut. Le résultat, c’est une audience potentiellement large, des messages possibles depuis des comptes que personne n’a vérifiés, et des données qui partent vers des serveurs que vous ne maîtrisez pas. Pas besoin d’être paranoïaque pour trouver ça discutable.

La méthode des quatre portes n’a rien de sorcier. Elle consiste simplement à vérifier, une par une, les quatre questions qui comptent vraiment :

  • Qui peut m’écrire ou écrire à mon enfant ?
  • Qui voit ce que nous publions, avec les réglages actuels ?
  • Y a-t-il des achats intégrés, et comment sont-ils protégés ?
  • Où vont les données, et qui y a accès ?

Chaque réponse vous donne un réglage à modifier, pas une opinion à avaler. Et c’est là que la méthode change tout.

PorteQuestion à se poserRéglage à vérifier
MessagesQui peut m’écrire ?Restreindre aux amis confirmés
AudienceQui voit mes publications ?Passer en privé, désactiver la découverte
ArgentY a-t-il des achats intégrés ?Activer le contrôle parental des achats
DonnéesOù vont mes informations ?Limiter le suivi, refuser la publicité ciblée

La quatrième porte, celle des données, est la plus discrète et la plus importante. BeReal a construit son modèle sur la collecte d’informations personnelles : photos, localisation, contacts, habitudes de connexion. Tout ça nourrit des profils publicitaires, des algorithmes de recommandation, et potentiellement des partenariats avec des tiers. Vous n’avez aucun moyen de savoir précisément ce qui circule, mais vous pouvez limiter la casse.

Ce qui est vrai pour BeReal l’est pour toutes les applications sociales. La méthode des quatre portes s’applique partout, de TikTok à Instagram en passant par les jeux multijoueurs. L’important, c’est de ne jamais se fier à la réputation de l’application. Une application grand public peut avoir des réglages catastrophiques, et une application confidentielle peut être bien mieux pensée.

Le piège, c’est de croire que la sécurité se résume à une note sur l’App Store ou à un avis de blogueur. Elle se joue dans les réglages, les permissions, et les choix que vous faites à chaque installation. Les quatre portes sont ouvertes ou fermées, et vous êtes le seul à pouvoir les verrouiller.

Ce soir, pas besoin de devenir un expert en cybersécurité pour reprendre la main. Une méthode simple existe, elle prend 10 minutes par application, et elle fonctionne pour BeReal comme pour toutes les autres. L’idée n’est pas de tout bloquer, mais de savoir précisément ce que vous acceptez quand vous laissez un adolescent installer une appli sur son téléphone.

ProtonVPN ou NordVPN : le choix rapide

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Les deux proposent une garantie satisfait ou remboursé de 30 jours. Si vous ne savez pas lequel choisir, commencez par la version gratuite de ProtonVPN.

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CritèreProtonVPNNordVPN
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La méthode concrète à appliquer ce soir

Voici le défi que je vous lance. Choisissez une application que votre enfant utilise déjà. Pas une nouvelle, pas une qu’il réclame. Une de celles que vous avez approuvées il y a des mois, sans vraiment savoir ce qu’il y avait derrière. Prenez celle-là, et passez-la au crible.

Les quatre portes s’appliquent partout : les messages, la découverte, l’audience et l’argent. Chaque application les gère différemment, mais toutes doivent répondre à ces questions. Bonne nouvelle : vous n’avez besoin d’aucune permission spéciale pour vérifier. Pas d’abonnement payant, pas d’outil compliqué. La plupart des réponses se trouvent dans les pages d’aide officielles de l’application elle-même.

Je sais que personne ne lit ces pages. Elles sont rédigées dans un langage administratif, elles sont longues, et on imagine qu’elles ne concernent que les développeurs. C’est faux. Elles décrivent précisément les réglages de confidentialité, les options de partage et les politiques de conservation des données. C’est gratuit, c’est à jour, et c’est plus fiable que n’importe quel article alarmiste.

Mise à jour septembre 2026 : les conditions d’utilisation de BeReal autorisent l’application à conserver et réutiliser vos photos pendant 30 ans. Jeff Williams, responsable mondial de la sécurité chez Avast, l’a découvert en épluchant le contrat. 30 ans, c’est une éternité sur internet.

=> Comment reprendre le contrôle de vos données personnelles : 12 mesures simples

Ma feuille de route pour vérifier une application en 10 minutes

J’ai testé cette méthode sur plusieurs applications avec des parents qui n’avaient aucune connaissance technique. Elle tient en 3 étapes simples :

  1. Je consulte les pages d’aide officielles de l’application, pas les forums ni les articles de presse. Les réglages y sont décrits précisément, avec les chemins de navigation exacts.
  2. Je vérifie les paramètres de confidentialité sur le compte réel de mon enfant, pas sur un compte de démonstration. Les options affichées peuvent varier selon l’âge du compte ou la version de l’application.
  3. Je regarde les permissions demandées par l’application sur le téléphone. Si une appli de photo réclame l’accès à la localisation ou au microphone, il y a un problème.

Cette méthode prend 10 minutes par application, et elle reste valable jusqu’à la prochaine mise à jour majeure. C’est un investissement plus fiable que n’importe quel avis définitif, parce que les applications changent vite, et ce qui était vrai en janvier ne l’est plus en septembre.

BeReal traverse une zone de turbulences, entre accusations de dark patterns et conditions d’utilisation qui font froid dans le dos. Mais plutôt que de pointer du doigt une application en particulier, autant vous donner les outils pour toutes les auditer. C’est plus utile, et ça vous servira longtemps.

L’exception technique

Cas limiteCe que dit BeRealCe que disent les CGULe réflexe à adopter
Vous supprimez votre compte après des années d’utilisation« Vos données sont supprimées »Les contenus publiés peuvent rester exploitables sous forme agrégée ou anonymisée, et certaines données sont conservées pour des obligations légalesConsidérez que la suppression de compte n’efface pas l’historique : exportez vos photos avant de partir (article 15 RGPD)
Un mineur utilise l’app avec l’accord parental« Nous protégeons les mineurs »Les données des mineurs peuvent être partagées avec des partenaires publicitaires sous certaines conditions, et la vérification de l’âge repose sur une simple déclarationN’acceptez jamais de conditions pour un enfant sans vérifier les paramètres de confidentialité réels (et pas seulement les promesses marketing)
Vous utilisez BeReal en voyage à l’étranger« Vos données sont hébergées en Europe »Les données peuvent être transférées vers des serveurs aux États-Unis via des clauses contractuelles types, avec les failles juridiques que cela impliqueActivez le mode avion pour vos photos de vacances sensibles, ou utilisez un appareil dédié sans données personnelles
Un tiers récupère votre téléphone déverrouillé« Votre compte est protégé »La responsabilité de BeReal s’arrête dès lors que l’accès provient d’un appareil authentifié, et l’authentification à 2 facteurs n’est pas proposée par défautVerrouillez l’app avec un code dédié (si disponible) et activez la double authentification sur votre messagerie associée, qui sert de clé de récupération

La face cachée des conditions d’utilisation de BeReal

Quand Avast a épluché les conditions d’utilisation de BeReal, la découverte a été brutale. L’application peut réutiliser vos clichés pour des campagnes publicitaires, du matériel promotionnel, des compilations, ou littéralement tout ce qui lui passe par la tête. Et ce, pendant 30 ans.

Je vous arrête tout de suite si vous pensez que c’est pareil partout. La différence tient à la nature même de l’application. BeReal vous encourage à publier des moments non filtrés, souvent pris à l’arrache, dans des situations potentiellement embarrassantes ou compromettantes.

Sur Instagram, vous posez, vous choisissez le bon angle, vous appliquez un filtre. Sur BeReal, vous prenez la photo dans les 2 minutes, sans préparation, souvent dans votre chambre ou au bureau. Le résultat est plus authentique, mais il est aussi beaucoup plus risqué à partager.

Le piège du format sous pression

Le format lui-même est une machine à fuites. Quand vous avez 2 minutes pour prendre une photo, que vous êtes en plein cours, dans votre chambre ou au bureau, vous ne pensez pas à vérifier ce qui traîne en arrière-plan.

Jeff Williams le souligne dans son analyse : l’application utilise à la fois les caméras avant et arrière pour capturer l’activité du moment, indépendamment de ce qu’elle est ou de qui se trouve en arrière-plan. Résultat :

  • Vous pouvez révéler votre localisation précise
  • L’intérieur de votre chambre ou de votre bureau
  • Des informations personnelles visibles sur un écran
  • Des données professionnelles sensibles qui traînent sur votre desk

C’est une mécanique pensée pour privilégier la spontanéité au détriment de la réflexion. Pour un adolescent, qui n’a pas encore le réflexe de vérifier ce qui l’entoure avant de déclencher l’obturateur, le risque est décuplé.

Les dark patterns qui sentent mauvais

L’organisation noyb, spécialisée dans la protection des données, accuse BeReal d’utiliser des dark patterns pour obtenir le consentement des utilisateurs au suivi de leurs données. Un dark pattern, c’est une interface conçue pour vous pousser à faire un choix que vous n’auriez pas fait en pleine conscience.

Dans le cas de BeReal, il s’agit de manipuler la manière dont le consentement est demandé pour le tracking publicitaire, en le rendant plus facile à accepter qu’à refuser.

BeReal a construit toute sa communication sur l’idée de s’opposer aux réseaux sociaux traditionnels, de refuser la publicité et l’influence. Le concept a séduit. Mais l’application doit bien financer ses serveurs, ses équipes et ses campagnes marketing. Et pour ça, tous les moyens sont bons, y compris ceux qu’elle dénonçait à ses débuts.

Avant de laisser vos ados publier leur prochain moment authentique, posez-vous la question : avez-vous vraiment lu ce que vous avez accepté ? Et êtes-vous prêts à assumer les conséquences dans 10, 20 ou 30 ans ? Sur internet, rien ne disparaît vraiment.

La prochaine fois que votre enfant vous demandera d’installer une nouvelle application, prenez cette habitude simple.

  • Avant de dire oui, ouvrez les pages d’aide,
  • cherchez les 4 portes,
  • et posez les questions qui fâchent. 10 minutes suffisent.

C’est le meilleur investissement que vous puissiez faire pour sa vie numérique. (lire aussi Surveillance, contrôle et espionnage des données, la vie privée dans un monde de collecte de données)

Le maillon faible, c’est toujours l’humain

Grégory Hénique, auteur de untelephone.com

Je suis officier de police judiciaire depuis 2005 et j’ai passé 17 ans au sein de la gendarmerie. Dans ce métier, on apprend très vite que les systèmes techniques sont rarement la cause principale des fuites ou des compromissions. Le plus souvent, c’est la confiance aveugle placée dans une interface qui crée la brèche. On peut avoir les meilleurs outils du monde, si l’utilisateur ne comprend pas ce qu’il accepte, tout s’effondre.

BeReal a construit son succès sur l’idée que la spontanéité garantit la vérité. Mais quand on passe derrière le rideau des conditions d’utilisation et des algorithmes, on se rend compte que cette authenticité est devenue un produit comme un autre. La promesse initiale a été absorbée par la machine à données, exactement comme on peut le voir avec n’importe quelle plateforme qui grandit trop vite.

La cybersécurité, ce n’est pas un antivirus qu’on achète, c’est une discipline qu’on applique.

Grégory Hénique

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