Ode à mon téléphone à clapet démodé

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Écrit par Agnès Michaud

Une passion pour la technologie alliée à une soif viscérale de la rendre utile aux relations humaines.

Pourquoi je ne peux pas te quitter ?

Un gros morceau dans ma poche, un bourdonnement contre ma cuisse, mon cher et encombrant téléphone à clapet Kyocera, laisse-moi te saluer.

Je ne me souviens plus depuis combien de temps nous sommes ensemble. Sept ans ? Plus ? Même à l’époque, tu étais rétro.

Le vendeur du magasin de téléphones parlait avec chaleur de ton indestructibilité, comme si c’était là ta principale vertu : il disait que je pouvais te jeter contre un mur si je voulais, et que tu rebondirais. Mais je ne ferais jamais ça.

Pourquoi je ne peux pas te quitter ?

D’abord, la chose la plus évidente : tu n’es pas connecté à internet. Donc pour moi, tu es une petite brique d’ébène d’intimité.

Et par vie privée, je n’entends pas les cookies ou mon numéro de sécurité sociale ou quoi que ce soit d’autre, mais la fragile sphère d’imagination dans laquelle j’existe lorsque je ne suis pas en train de faire des bêtises sur internet.

Je veux dire ce qui reste de mon moi non numérique. Quand je claque tes deux moitiés, glorieux techno-mollusque, c’est tout. Sauron ne peut pas me voir.

Deuxièmement, tu es devenu plutôt talismanique, socialement

  • Vous représentez quelque chose.
  • La perversité ?
  • L’obsolescence volontaire ?

Bien sûr, pourquoi pas. C’est comme traîner avec un ami inadapté : J’aime voir les gens réagir face à toi.

Quand je te brandis, te fais prospérer, te brandis dans le monde, je reçois des exclamations de pitié et de confusion. Surtout de la part des jeunes.

« Regarde-toi, mec », m’a dit quelqu’un l’autre jour quand je t’ai brandis pour échanger des numéros. « Regarde-toi. »

Nous sommes sortis du rêve, toi et moi, de la grande pâmoison.

Quand j’ai deux minutes de libre, je ne te sors pas

  • Je te regarde, enchanté, en déplaçant le bout de mes doigts en petits tourbillons soyeux sur ta surface.
  • Je reste là comme une pièce de rechange, les mains dans les poches.
  • Je sens la brise puante sur mon visage.
  • J’entends le bourdonnement en cage de la ville, le bourdonnement en cage de mon cerveau.
  • Je suis présent, mais de façon insatisfaisante.

Ai-je l’énergie d’envoyer un texto ? Je fronce les sourcils quand j’envoie un texto. Parfois, je transpire. J’écrase tes petits boutons bruyants ; on dirait que je fais fonctionner un télégraphe.

Trois clics pour arriver à un C-tack-tack-tack-deux de plus pour un E. Une phrase décente peut me prendre 10 minutes. Tous ceux qui reçoivent un texto de ma part savent que je suis sérieux.

Qu’est-ce que je ferai quand tu partiras ? Ton nom est Kyocera, roi des rois. Tu es un obélisque noir dans le désert du temps.

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